Un équilibre entre performance et sécurité
Le solo en tête sur corde devient de plus en plus complexe à mesure que l'escalade se durcit. Une approche de « solo en tête sur corde en redpoint » signifie que vous essayez de réaliser la voie en libre tout en gérant l'auto-assurage d'une seule main et en effectuant des mouvements d'escalade libre difficiles. (Cela diffère du solo en artif, où vous avez toujours les deux mains disponibles pour gérer à la fois le système d'assurage principal et les éventuels systèmes de secours.)
Lors d'ascensions à la limite (imaginez une paroi de 450 m en 5.13d), les grimpeurs professionnels acceptent parfois certains compromis pour rendre possible une escalade libre difficile. Mais nous voulons encourager les systèmes de solo en tête à conserver autant de redondance que possible.
Oui, nous faisons référence à la récente ascension alpine de Siebe Vanhees, pour laquelle son système de solo en tête a été fortement optimisé afin de rester épuré et de minimiser tout ce qui pourrait gêner les mouvements d'escalade difficiles. Si vous êtes, comme nous, un passionné des systèmes de solo en tête, vous avez probablement remarqué l'absence de système de secours.

Il utilise une seule poulie autobloquante (Spoc) pour un système à boucle de réserve continue. Cette poulie unidirectionnelle supporte la majeure partie du poids de la corde et crée une petite boucle de corde plus légère, qui s'auto-alimente dans le dispositif. En cas de chute, on s'attend à ce que le trajet courbé de la corde dans le dispositif d'assurage principal (un Edelrid Pinch, très similaire à un GriGri) génère suffisamment de friction pour engager la came, qui saisit alors la corde.
Mais il existe des situations connues où la courbure de la corde dans le dispositif permet une alimentation trop fluide pendant une chute, et où le dispositif s'engage tardivement (ou pas du tout). Pour se protéger contre ce mode de défaillance, il faudrait des nœuds de secours le long du brin de corde libre afin qu'ils se bloquent dans le dispositif.
Mais dans le système de Siebe, il n'y a pas de nœuds de secours. Il repose uniquement sur l'espoir que le trajet de la corde dans la Spoc puisse engager la came grâce à la friction du brin de freinage. Or les poulies sont conçues pour faire circuler la corde avec très peu de friction : ce n'est donc pas une garantie. Cela donne un système très épuré et très performant. Cela supprime également une redondance importante.
Nous voulons être clairs : nous ne critiquons pas l'ascension de Siebe. Gravir 450 m en 5.13d en solo est un exploit incroyable, et configurer un système de solo sur corde qui permet de grimper à ce niveau exige énormément d'expérience et de jugement.
Mais il existe une différence importante entre un système optimisé pour un grimpeur professionnel qui repousse les limites et un système que nous recommanderions au grimpeur moyen. Pour la plupart des gens, nous pensons qu'il vaut la peine d'intégrer autant de redondance que raisonnablement possible dans un système de LRS.
Le solo en tête sur corde constitue déjà un usage marginal du matériel d'escalade. Même un système bien conçu ne fonctionnera pas aussi fluidement qu'un assurage avec un partenaire, et il existe des modes de défaillance ainsi que des situations délicates qui n'existent tout simplement pas avec un assureur humain.
La gestion de la boucle de réserve peut-elle servir de système de secours ?
La gestion de la taille de cette boucle de réserve est essentielle au fonctionnement d'un dispositif à alimentation automatique pendant la progression. Il s'agit d'une couche de matériel distincte du dispositif d'assurage principal : pourquoi ce matériel ne pourrait-il pas servir de système de secours ?
Ma méthode préférée pour gérer la boucle de réserve consiste à prépositionner plusieurs boucles de corde sur mon harnais avant de commencer à grimper. Les boucles sont rangées avec des nœuds, qui servent à la fois à maintenir la corde en place et à ajouter un système de secours. Les nœuds de cabestan fonctionnent bien pour ranger la corde et peuvent être défaits d'une seule main pendant l'escalade. Mais l'inconvénient du prépositionnement est que vous grimpez la longueur avec plusieurs boucles de corde qui pendent de votre harnais (comme on le voit bien dans cette vidéo). Cela augmente le risque d'emmêlement et le poids supplémentaire - c'est probablement la raison pour laquelle Siebe a opté pour une seule boucle de réserve, qu'il gérait en tirant la corde à travers le système pendant l'escalade.
Il existe des options de gestion de la réserve continue qui créent un système de secours si le dispositif principal ne s'engage pas. Les deux qui méritent d'être mentionnées sont le Freebell et le Fuse Jammer. Mais tous deux présentent de sérieux inconvénients en matière de poids, de coût et de tirage de corde. Pour grimper du 5.13+, ces dispositifs rendraient l'escalade plus difficile. Je ne reproche pas à Siebe son système épuré (même si je l'encouragerais à essayer le prépositionnement de boucles, aussi indésirables que puissent sembler ces boucles sur le harnais !).
Pour en savoir plus sur ces dispositifs, consultez un précédent Deep Dive.
Quelle redondance est suffisante ?
Pete Whittaker a fait des compromis similaires, sans système de secours, lors de son solo en tête de Freerider en un jour en 2016. Depuis, la compréhension de la redondance des systèmes et des configurations plus sûres au sein de la communauté LRS a continué d'évoluer.

Cela ne signifie pas qu'il existe désormais une configuration LRS universellement correcte. Les différents systèmes présentent des compromis différents, et les grimpeurs ont des priorités différentes. Le solo en tête reste un usage hors spécifications
Plutôt que de vous prescrire une unique meilleure option, nous aimerions vous laisser quelques questions sur lesquelles réfléchir.
- Quelle quantité de redondance êtes-vous prêt à ajouter avant qu'elle ne commence à gêner l'alimentation automatique ? Cela pourrait être dangereux si votre système cesse de faire circuler la corde au milieu d'une longueur engagée.
- À quel moment un système de secours rend-il réellement le système plus sûr, et à quel moment ajoute-t-il simplement un élément de matériel supplémentaire à gérer ? (pensez à une situation proche du sol ou au-dessus d'une vire)
- Quelle est la robustesse de la combinaison de votre dispositif d'assurage principal et de votre corde ? Veillez à tenir compte de la corde utilisée et de l'incidence de ce facteur sur la fiabilité du blocage du dispositif.
Notre préférence est de construire le système le plus sûr possible, d'accepter qu'il puisse ajouter un degré à la difficulté de l'escalade libre et de reconnaître que le solo en tête sur corde reste en soi un engagement exigeant et comporte des risques importants.